FEMME_1_EVELIA FEMME_1_FLORE FEMME_2_MARIE_CRUZ FEMME_2_YAMILI_SALAZAR FEMME_3_FLOR_ARCEGA_CABRERA HOMME_1_CARLOS HOMME_1_HUMBERTO_GOMEZ HOMME_1_JUAN_ADOLFO_RIVAS_MARQUEZ HOMME_1_VINCENTE HOMME_2_ALBERTO HOMME_2_EZEKIEL_UQNAL HOMME_2_ISRAEL HOMME_2_JOSE_FRIEND HOMME_2_LUIS HOMME_3_ALBERTO HOMME_3_JOSE_ANTONIO_SEBAYOS_HUCK HOMME_3_PROFESSOR HOMME_3_RAMSES VOIX_OFF VOIX OFF Le Mexique est une terre où le destin des hommes se mêle intimement à celui de la nature. Un vaste territoire ou les paysages racontent autant d’histoire que les peuples qui les habitent. Aujourd’hui, le Mexique est suspendu entre sa volonté de préserver ce patrimoine et les assauts de notre monde contemporain. Des hommes et des femmes se battent pour que ces liens tissés entre culture et nature ne disparaissent. A l’ouest de la péninsule du Yucatan, exposée aux tumultes du Golfe du Mexique, la biosphère des Petenes étire son archipel terrestre d’ilots boisés dans un entrelacs de marais et de mangroves. Cette réserve protégée, où la terre et la mer s’embrassent et se mélangent, lui confère un statut rare et vital pour l’équilibre écologique de la région. La première richesse de cet écosystème commence sur sa la cote et sa bande protectrice de mangroves. Humberto Reyes Gomez est ingénieur en agro écologie. Il est le directeur de la biosphère de Los Petenes. Il est accompagné de Evelia Arriaga, spécialiste de la gestion des écosystèmes côtiers. HOMME 1 HUMBERTO GOMEZ C’est le canal de Balantanché. Il fait partie de la Biosphère de Los Petenes. Il y a, à peu près 50 canaux de cette taille sur la côte de Campéché où se trouve la réserve. Ici c’est un lieu de productivité puisque les poissons viennent se reproduire ici. Des espèces de valeurs commerciales qui sont péchées dans le golfe du Mexique. Mais aussi cette bande littorale de mangroves sont une protection contre les phénomènes météorologiques extrêmes. Et l’impact des ouragans est atténué. FEMME 1 EVELIA Dans la réserve il y a à peu près 830 espèces faune et flore incluses. La moitié sont des oiseaux. 60 % vivent ici en permanence et les 40 % restant sont des oiseaux migrateurs. Le plus importante c’est que c’est un territoire continu, de la ville de Campéché jusqu'à Kalakini qui est la ville frontière de la province du Yucatan. Et ce corridor des Pétènes à Tulum offre à cette faune un habitat non fragmenté, sans problèmes d’interruption qui les empêcherait de vivre et d’avoir une biodiversité riche. VOIX OFF Le taux de déforestation de mangroves au Méxique est le plus élevé d’Amérique. La Biosphère Péténes Célestun est donc une exception, un site de biodiversité remarquable dont la fonction écologique le classe dans la liste RAMSAR des zones humides d’importance internationale Au cours des deux dernières décennies la planète a perdu 25 % de ses mangroves. HOMME 1 HUMBERTO GOMEZ On est sur l’ile de Jaina qui se trouve dans la biosphère. C’est une cité Maya avec des pyramides cérémonielles. Elle a été occupée entre l’an 3 et 10 après le christ. Elle nous montre comment les gens utilisaient les ressources naturelles et l’utilisation de ces deux écosystèmes dans le fonctionnement de la culture Maya. C’est le cœur de la culture Maya dans le nord de l’état de Campéché. VOIX OFF Dans la zone tampon qui encercle le cœur de la biosphère, de petites communautés vivent en harmonie avec cette nature préservée. La législation les autorise à prélever au sein de la réserve, les ressources naturelles dont elles ont besoin pour leur subsistance. Dans le village de Santa Cruz Ex Hacienda la confection de chapeaux est une vieille tradition. Depuis trente ans Marie Cruz et sa famille tissent les fibres de paille collectés dans la réserve. FEMME 2 MARIE CRUZ Nous on n’est pas de la ville !! Comment pouvons-nous trouver un peu d’argent. Alors qu’au moins avec ces fibres on est tranquilles. Depuis qu’on est petits, c’est la première chose qu’on nous a apprise pour gagner notre vie Ici dans les Pétenes il y a beaucoup de plantes et certaines sont médicinales. C’est sûr c’est plus facile d’aller acheter un médicament que d’aller cueillir des plantes. Mais aujourd’hui non, je vois qu’il y a beaucoup de gens qui redécouvrent ces plantes médicinales comme l’epazoté qui est utilisé pour les maux de ventre. Nous en avons à la maison. Il y’a aussi la Hierba Buena qui traite les otites. Mais aujourd’hui, nombreux sont ceux qui utilisent à nouveaux ces plantes qui étaient tombés dans l’oubli. HOMME 1 HUMBERTO GOMEZ Nous avons mis en place des comités de vigilance communautaires dans lesquels les habitants surveillent leurs propres écosystèmes. Ils apprennent à le connaître et le partager avec leur communauté. C’est un effort un peu plus compliqué, qui demande plus d’investissement de la population et un équipement spécial, comme des pièges photographiques. Mais quand ils voient que sur les terres de la réserve il y des jaguars, des chats-tigres, des cerfs, ils sont ravis. VOIX OFF Alberto, l’époux de Marie Cruz, est lui aussi née dans la biosphère. Les villages de la zone tampon qui encerclent le cœur de la réserve sont devenus au cours des ans de véritables acteurs dans la stratégie de protection de cet écosystème. Terrain de jeu de son enfance, Alberto connaît toutes les pistes qui relient les Pétenes entre elles. Ces formations végétales parsèment les terres salines de la réserve. On estime leur nombre à plus de 7 sur tout le territoire. Chaque Peténes est un microcosme, un refuge façonné par le temps, qui abrite en son cœur un trésor de vie. HOMME 2 ALBERTO Lorsque mon père m'a amené pour la première fois je devais avoir 15 ans. Avant il ne m'avait jamais amené. Lui aussi a grandi et travaillé dans les Petenes. L’eau est ici. VOIX OFF En son centre, une ou plusieurs sources d’eau douce frayent jusqu'à la surface pour venir abreuver ces forêts d’une végétation luxuriante et nourricière pour la faune et les hommes qui les visitent. Je me souviens que j’avais très envie de les visiter et le jour où mon père m’a annoncé que je pouvais l’accompagner pour le suivre dans son travail dans les Petén, j’étais très éxcité. Quand je suis arrivé dans mon premier Peten je me suis tout de suite senti bien et j’ai trouvé ça très très beau. Je lui ai demandé si cet endroit avait toujours été comme ça, il m’a répondu que oui. Il m’a raconté que depuis son enfance il venait toujours dans les Peten pour couper des feuilles de palmier. Il m’a appris cette activité. Il me disait : si tu arrives à récolter 10 rouleaux de palmes par jour tu as déjà gagné ton salaire et donc que si je pratiquais cette activité j’avais de quoi gagner ma vie. Lorsque nous venons dans les Peten nous cherchons et identifions les plantes médicinales. Si un étranger vient nous consulter pour une maladie nous cherchons la plante qui peut l’aider. Puisque nous connaissons certains remèdes, nous aidons les gens qui ne les connaissent pas, Comme nous sommes humbles, nous nous guérissons les uns les autres et nous nous protégeons avec ces remèdes. Lorsque la saison des pluies commence et que les premières pluies tombent, nous ne pouvons pas pénétrer dans les Peten parce que l'eau monte. Même si nous voulions entrer c’est impossible il y a de l’eau partout. Pendant la saison des pluies, il n'y a pas de poissons. Nous ne savons pas où ils sont, ni où ils vont, Avec la saison sèche, les poissons reviennent dans les sources. VOIX OFF Cet archipel terrestre intrigue les chercheurs. Les sols calcaires et marécageux des Pétènes racontent aussi une autre histoire, silencieuse mais primordiale pour la marche du monde. HOMME 3 PROFESSOR Dans les strates qu’on étudie ici. Dans les premiers 3O centimètres, il y a 225 tonnes de carbone. Pour te donner un exemple : d’autre sols, comme celui des mennonites rouges il y a tout au plus 70 tonnes. Ici, c’est 3 fois plus. Ici on distingue les différentes couches horizontales que l’on nomme horizons. En étudiant ces horizons nous pouvons définir le type de sol, quel est sa classification. On prend des échantillons de chaque couche, on les emporte au laboratoire pour des analyses qui nous donnent les caractéristiques du sol que nous pensons avoir. C’est un sol dont le matériau principal est le carbonate de calcium. Ces sols qui ont un taux élevé de carbonate de calcium contient ont aussi un taux très élevé de matières organiques. On ne peut pas affirmer que nous capturons beaucoup de carbone ici mais il y’en a déjà une énorme quantité stockée dans ces sols. Ça c’est important et aujourd’hui il faut vraiment les protéger. Si ces zones sont ouvertes à l’agriculture ou à l’élevage cela aura un impact sur le climat avec l’émission de gaz à effet de serre. Donc il est indispensable de les conserver. On estime que les Pétènes et ce type d’écosystème s’étendent sur 36 0 hectares. Tu imagines si on coupait la forêt, si on drainait les Pétènes … j’ai fait un calcul par hectare … on libèrerait 410 tonnes de dioxyde de carbon par hectare. VOIX OFF A ce jour le statut la Biosphère n’est pas menacé et son intégrité territoriale est assurée. Mais cet écosystème fait face à un autre danger. HOMME 1 HUMBERTO GOMEZ La principale menace est les incendies provoqués par la chasse illégale. On a vraiment un problème avec la chasse illégale contre laquelle on essaye de lutter en effectuant un travail de prise de conscience auprès de toutes les communautés. On va continuer à renforcer cette stratégie avec des opérations de surveillance. Mais ça, c’est vraiment la menace principale des Petenes. HOMME 2 EZEKIEL UQNAL Pedro, tu me reçois ? Pedro, s’il te plaît. Là où ils sont en train de nettoyer, tu peux me couper la branche avec la tronçonneuse qui obstrue le couloir de pare feu. Préparez la tronçonneuse pour effectuer la coupe. On est en pleine campagne d’actions préventives pour lutter contre les incendies forestiers. Là, on est en train de nettoyer une ligne de pare feu qui consiste à retirer tous les combustibles légers. Les raisons sont variées. Cela peut être les feux que font les chasseurs, c’est parfois accidentel et parfois ils le font volontairement pour bruler les zones de pâturages pour qu’elles se régénèrent et que le gibier y retourne. VOIX OFF Pour mieux lutter contre les incendies, la biosphère a été régionalisée en trois zones surveillées par ces brigades de vigilance. Tous les membres sont des volontaires. Moi je suis apiculteur et tout ce qui concerne la préservation de la flore m’intéresse. C’est l’une des raisons qui a attiré mon attention et qui m’a amené à participer à la brigade forestière. Aujourd’hui je suis même investi dans le conseil municipal de mon village car je constate qu’il y’a de plus en plus de dégâts chaque année qui sont à l’origine de ces incendies. C’est comme ça qu’est née mon inquiétude et mon désir de participer et surtout de transmettre les mesures de préventions aux voisins. VOIX OFF Mais, l’intensification et la récurrence des feux commencent à modifier la composition de la végétation et déstabilisent l’équilibre subtil que la nature a édifié dans les Péténès. HOMME 1 HUMBERTO GOMEZ On a l’énorme responsabilité de protéger et conserver cette biosphère et surtout de le faire en collaboration avec les gens. C’est évidemment une grande fierté de savoir que ce site est reconnu mondialement pour son importance en termes de biodiversité et son degré de conservation, mais c’est aussi une grande responsabilité de pouvoir le maintenir dans cet état et de le faire avec les gens qui vivent dans la biosphère. VOIX OFF Dans la péninsule du Yucatan, sous le couvert forestier, la terre s’ouvre sur des miroirs aquatiques. Ce sont les Cénotes, des poches d’eau douce formées il y a plus de 2,5 millions d’années. Aujourd’hui, les Cénotes sont prisées par les touristes qui visitent la région. Jose Antonio est instructeur. Spécialiste de la plongée-spéléo. Il initie les amateurs pour leur faire découvrir ce monde aquatique sous terrain. Ces formations géologiques attirent chaque année des milliers de visiteurs. Une pression touristique permanente qui menace leur équilibre. HOMME 3 JOSE ANTONIO SEBAYOS HUCK Les Cénotes ne sont pas seulement des piscines naturelles ou nous pouvons nager et sauter dans l’eau. Ce sont aussi de vrais écosystèmes. Ils sont pleins de vie. Il y a beaucoup de vie autour : il y a des oiseaux et des mammifères, il y a les plantes qui l’entourent et tout cet écosystème est en interaction et il est fragile. Nous devons donc nous aussi nous comporter correctement, n’est-ce pas ? Pour que nous préservions nous aussi les Cénotes, d’accord ? Alors maintenant ce que nous allons faire, c’est nous laver un peu pour ne pas mettre dans le Cénote les produits chimiques que nous avons parfois sur nous. Si quelqu’un a mis du répulsif ou si quelqu’un s’est maquillé, c’est bien de se laver avant d’entrer dans l’eau. HOMME 3 JOSE ANTONIO SEBAYOS HUCK Le tourisme aide l’économie des familles des communautés maya. D’une certaine manière se sont les propriétaires de la terre et de ces Cénotes. Mais le tourisme doit être durable. C’est-à-dire qu’il doit aller de pair avec l’environnement et la conservation des sites. Nous pensons que les Cénotes ne sont pas seulement des zones naturelles. Ce sont des zones naturelles très spéciales comme si elles devaient être des zones naturelles protégées. Et bien qu’elles n’aient pas ce statut nous devrions tous nous comporter avec ce respect. Et toutes les activités touristiques quelle qu’elles soient peuvent se faire en respectant l’environnement. HOMME 3 JOSE ANTONIO SEBAYOS HUCK Quels sont les points de prélevements ? La première prise d’échantillon, là on va prendre un échantillon d’eau ? Je ne sais pas si tu as besoin de prélèvement de sédiments ? FEMME 1 FLORE Oui on en a besoin. VOIX OFF José Antonio ne cantonne pas ses activités qu’au tourisme. Il met aussi ses compétences au service de la science. Il collabore avec Flore Cabrera, une chercheuse qui étudie les processus de contamination et la qualité des eaux dans les écosystèmes aquatiques du Yucatan. HOMME 1 JUAN ADOLFO RIVAS MARQUEZ Si vous pouvez m’aider à immerger la sonde. D’abord en la guidant et ensuite il ne faut pas qu’elle touche le fond. FEMME 1 FLORE L’AH est de 20,3 L’AE est de 118,5 Nous effectuons le suivi de la qualité de l’eau dans les Cénotes depuis plus de douze ans maintenant. Juan est venu avec cette idée d’avoir des capteurs de surveillance de la qualité de l’eau en temps réels. C’est la grande différence entre, prendre des photos à différents moments dans un Cénote et avoir l’histoire complète sur un long cours. Tu peux ainsi déterminer quel est la variabilité naturelle du système ; comprendre comment travaille le consortium microbien dans le Cénote ; la quantité de matière organique qui s’y dépose. Grâce à ces données tu peux aussi déterminer le niveau d’élévation quand il pleut ou de combien il diminue en période de sécheresse. Et tu peux aussi voir comment l’eau de pluie affecte la composition de l’eau du Cénote et savoir aussi si il y a un type d’eau qui ne correspond ni à l’eau de pluie ni à l’eau du Cénote comme par exemple des eaux résiduelles. HOMME 1 JUAN ADOLFO RIVAS MARQUEZ Donc ce qu’on va faire c’est récolter toutes les infos qui ont été collectées pendant le monitoring. Mais tout d’abord on va connecter la sonde à une application grâce au Bluetooth pour analyser les données. Comme ça on va pouvoir voir s’il y a eu un changement dans les variables le long de la colonne de captation. Par exemple sur le PH, voir aussi les variations dans la conductivité ou si la température de l’eau a modulé lorsque les sondes étaient placées à une plus grande profondeur. En fait l’idée avec cette sonde n’est pas seulement d’immerger et de mesurer. L’objectif c’est que je puisse mesurer sur un temps long et que la sonde soit connectée à un système de panneau solaire pour que la batterie ne s’épuise jamais afin que je puisse avoir cette continuité. HOMME 1 JUAN ADOLFO RIVAS MARQUEZ Vous êtes prêts ? HOMME 3 JOSE ANTONIO SEBAYOS HUCK On aime vraiment le fait de pouvoir aider un peu la science pour qu’elle puisse être diffusée. HOMME 2 JOSE FRIEND La géologie, la spéléologie, la préhistoire … il y a tout ça en bas. Des détails que nous, en tant que plongeurs, nous pouvons contribuer à sa diffusion. VOIX OFF Aucun visiteur ne reste insensible à la beauté des Cénotes, qu’il reste à la surface ou s’enfonce dans les gloires de lumière qui le guident vers les portes sombres du Xibalba, l’inframonde de la culture Maya. Dans les temps anciens, quand le niveau des eaux étaient plus bas, les prêtres venaient dans ces cathédrales de pierre déposer des offrandes et perpétuer des sacrifices pour apaiser les dieux. Aujourd’hui, avec la montée des eaux de pluie on sait que des centaines de grottes sont reliés entre elles par cette eau cristalline. FEMME 1 FLORE En fait, le plateau du Yucatan c’est un gruyère. Il est plein de fissures, de trous, de fractures, de rivières souterraines comme dans la partie le Quintana Roo. Donc, la situation actuelle est que toutes les activités humaines qui sont menées au-dessus de ce système aquifère sur toute la plateforme du Yucatan ; si ces activités humaines ne gèrent pas correctement leurs eaux usées ou leurs déchets solides ; leurs éléments et composants se retrouvent dans le réseau du plateau aquifère du Yucatan. Ainsi, un site peut être éloigné de industries ou des zones urbaines, mais il reçoit tout de même les eaux de ces lieux éloignés. En recevant ces eaux qui ont été en contact avec des industries ou des eaux résiduelles urbaines … ces eaux usées et ces contaminants traversent tout le plateau aquifère. VOIX OFF Yamili Salazar est ingénieure en environnement. Elle a fondé plusieurs ong pour impliquer la population locale dans ce combat pour mieux préserver les Cénotes. FEMME 2 YAMILI SALAZAR Ce que nous faisons aujourd’hui c’est un assainissement communautaire. L’un des grands problèmes de la réserve et de tout l’Etat c’est qu’il n’existe pas de système de gestion adéquate pour la récolte des déchets solides et il n’y a pas plus d’installations pour les traiter. Et tout ça finit dans des décharges sauvages. Ce qui génère des problèmes de pollution, d’incendie et tout ce qui en découle. FEMME 2 YAMILI SALAZAR Ce type de problème finit par générer du lixiviat. C’est un bouillon de bactéries. Il pénètre dans l’aquifère. On trouve aussi des métaux lourds. Il y a aussi des gens qui jettent leurs couches qui contiennent des coliformes et d’autres substances. Cela devient problématique quand on étudie l’eau car on voit qu’il y a beaucoup de ces types de contaminants Donc pour l’instant ce qu’on fait avec la communauté c’est essentiellement de ramasser tout ce qu’on peut et de régénérer ces sites. On ne peut pas les restaurer. C’est impossible de leur redonner leurs états originels. Mais nous essayons de les régénérer de la meilleure façon possible. Nous allons replanter pour régénérer cette végétation, ce qui est la meilleure façon de recharger les sols en eau dans cette zone. VOIX OFF En plus de ces problèmes persistants de gestion des déchets qui touchent l’ensemble de la province du Yucatan ; la salubrité et l’intégrité de la constellation des Cénotes est aussi menacés par l’élevage porcin intensif et ses effluents toxiques. On dénombre plus de 5 fermes sur le territoire. La construction du Train Maya qui fait le tour de la province a aussi eu des conséquences dramatiques sur ces écosystèmes. La perte de foret, le dynamitage et des forages structurels ont fragilisé le sol karstique de la péninsule, provoquant l’effondrement et la pollution de nombreux Cénotes. HOMME 3 JOSE ANTONIO SEBAYOS HUCK Durant toutes ces années et ça fait plus de trente ans maintenant que je plonge. Je continue de m’émerveiller et chaque fois c’est une nouvelle surprise. Chaque fois que je visite pour la première fois un Cénotes perdus dans la forêt il y ‘a vraiment une sensation très spéciale. Et c’est pour cela qu’on doit être conscient que c’est une grande responsabilité. Avoir autant de Cénotes, c’est une grande responsabilité. VOIX OFF Au cœur du Yucatan, les pierres ne sont pas que silence. Elles racontent les murmures de l’ancienne cité Maya d’Izamal, riche cité de la province et haut lieu de spiritualité. La cité sacrée regardait vers le ciel pour honorer le dieu soleil. HOMME 1 CARLOS Cette pyramide est dédiée au dieu soleil. Au Dieu Ki’nich, Dans la cosmovision Maya, les dieux les plus importants sont les dieux du Soleil et de la Pluie. Ces pyramides étaient des lieux où l’on pratiquait des rituels pour demander la bonne santé, et pour beaucoup d’autres choses liés à la cosmovision des Mayas. Kinich Kakmo signifie « perroquet de feu » ou « perroquet au visage de lumière solaire » Izamal a subi des pillages pendant à peu près 4 ans. Depuis l’arrivée des conquistadors jusqu'à il y a encore quelques années, Izamal a été largement pillé. Les pyramides ont été pillées pour construire des maisons coloniales. Donc ces pyramides si majestueuses ont résisté à ces agressions dont elles ont été victimes de la part des citadins. Les premières fouilles ont eu lieu en 1968 ; Il y en a eu trois autres après dont la dernière remonte à 1992 avec la sortie du livre « 30 ans d’archéologie à Izamal ». Avant il y avait une méconnaissance de ce patrimoine. Nous pouvons voir ici un petit éboulement. Là où apparaissent ces pierres de grande taille. Cet effondrement a très bien pu être causé par un touriste qui a grimpé. Mais cela peut être également dû à des gens du coin qui viennent prendre quelques pierres ce qui créait ces éboulements. Cela peut être aussi dû aux intempéries, aux fortes pluies et aussi à l’érosion naturelle. Nous avons encore beaucoup à faire en matière de culture de préservation de notre patrimoine. En tant que Yucatèque, en tant que Mayas, nous devons prendre soin de tous ces espaces, nous devons préserver ces pyramides encore de nombreuses années. Sensibiliser les gens, la population, la ville, à nos enfants, à nos jeunes, pour nous c'est le point de départ. VOIX OFF C’est pour préserver ce patrimoine que Juan est devenu guide. Izamal est un livre d’histoire qui raconte le Mexique. L’histoire d’une cité Maya transformée par la colonisation espagnole, une histoire politique et religieuse. Les conquistadores ont très vite compris l’importance d’utiliser les lieux sacrés de la culture Maya pour asseoir leurs propres croyances. En décapitant la pyramide de Pap Hol Chac pour y construire un couvent, les espagnols affirment ainsi leur volonté de domination spirituelle. Pour Carlos, le monument était avant tout un terrain de jeu. HOMME 1 CARLOS Notre impression d’enfants était que cet endroit merveilleux … ?? Avec mes camarades, nous venions jouer ici mais je ne pensais pas que c'était un lieu aussi important. En devenant guide j'ai découvert ce qu'il représentait pour notre culture. Cet espace est le couvent franciscain San Antonio de Padua. La construction du couvent a débuté en 1549 par le frère Diego de Landa sous la supervision du frère. Juan de Merida. Ils prennent la décision de construire ce couvent au sommet de la pyramide appelée Papulchak qui signifie « La maison du Tonerre ». Ce lieu était vraiment important car il était dédié au Dieu Chak, le Dieu de la pluie. Dans la délimitation géographique et politique d’Izamal, c’est-à-dire tout autour d’Izamal dans un rayon de 50 km, les gens venaient ici pour accomplir leurs rituels afin de demander de bonnes pluies et de bonnes récoltes. Quand les Espagnols arrivent, ils constatent que c’est un centre de pèlerinage très important. Et que font-ils ? Ils détruisent la partie supérieure de la pyramide et construisent le couvent franciscain Saint Antoine de Padoue. Toutes les pierres récoltées quand la partie supérieure de la pyramide a été détruite ont servis à construire le couvent franciscain. Ici, dans cet espace, nous allons pouvoir trouver de nombreux vestiges mayas dont des pétroglyphes. En voici un qu’on peut interpréter comme l’ornement d’un masque de grande échelle qui se trouvait dans cet espace. Voici donc un exemple de pierres sculptés qu’on peut trouver dans ce couvent franciscain. De ce côté-là, il y en a d’autres. Bien que la plupart ont été détruits pendant la construction, ils ont néanmoins conservé ces vestiges historiques. Ici on trouve une partie de tête colossale avec des langues de feu qui représentaient le dieu de cette pyramide. En 1993, Jean Paul II rassemble ici plus de 50 fidèles de tous les peuples autochtones d’Amérique latine et leur demande pardon pour tout ce qui s’est passé pendant la colonisation. HOMME 1 CARLOS Il devrait y avoir une intervention réalisée par des professionnels pour restaurer les plafonds pour pouvoir les conserver toutes les fresques qui sont en dessous de ce plafond endommagé. Mais il peut y avoir aussi le risque de tout perdre VOIX OFF Quand Jean Paul II vient demander pardon auprés de communautés indiennes et réaffirme la doctrine sociale de l’église il marque à jamais Izamal de son empreinte papale. Aujourd’hui il est temps, selon Carlos, de porter un peu plus d’attention au couvent des franciscains. Les touristes, qui viennent en masse, observent sous le vernis des façades fraichement repeintes, l’affaissement structurelle de la pyramide et la décrépitude du temps qui ronge ses ornements. HOMME 1 CARLOS Le couvent présente aujourd’hui de nombreux défauts. Cet endroit a été détérioré par les pluies, le temps et aussi des interventions humaines qui n’étaient bien faites. C’est pourquoi aujourd’hui cette partie est sur le point de s’effondrer. HOMME 1 CARLOS Au 18ème siècle, pendant la guerre des Castes, ces fresques ont été cachées pendant près de 80 ans. La peinture qui les couvrait a endommagé les pygments et les ont fait pratiquement disparaître. Ces fresques datent du XVIe siècle. Si on les restaure il faut les traiter avec beaucoup de professionnalisme pour préserver les peintures murales visibles sur les murs endommagés afin de pouvoir les conserver, mais cela peut également entraîner un risque de perte. Un endroit comme celui-ci, dont on dit qu’il est le plus grand d’Amerique Latine, qu’il a le deuxième plus grand atrium fermé du monde, je pense qu’il faut vraiment apporter toute notre attention pour sa restauration.   VOIX OFF Conserver ces lieux de cultes, c’est reconnaître la complexité de l’identité mexicaine et offrir aux générations futures un lieu de dialogue entre ces deux civilisations. Nichée à 2 2 mètres d’altitude, la ville de Patzcuaro était la capitale religieuse de la région du Michoacan, « la terre des pêcheurs » en langue nahuatl. Ce nom reflète l’importance des lacs, des rivières et de la pêche dans la culture Purépécha, notamment autour du lac de Pátzcuaro. Le lac a été au cœur de la cosmologie Purépecha : il représente un lien entre les vivants, les morts et les dieux. Aujourd’hui, l’existence même du lac est remise en question au vu des nombreuses pressions qui s’exercent sur son bassin. Alberto Gomez Tagle, chercheur spécialisé en écologie, hydrologie et gestion des ressources naturelles a écrit sa thèse sur le lac de Patzcuaro. Il est accompagné de ses élèves Luis et Vincente. Leur mission du jour, venir poser sur l’ile de Janitzo un prototype qui va les aider à mieux superviser les fluctuations du niveau d’eau du lac HOMME 2 LUIS Bon, ce que nous venons de faire, c'est de mettre en place le premier prototype de ce linimètre. Ce système marche grâce à un capteur laser infrarouge. Ce qui va se passer, c'est que quand le niveau de l’eau va monter ou descendre, le capteur va enregistrer ces mesures. Pour que, dans quelques jours ou quelques semaines nous puissions collecter ces données. Cela nous permet ensuite de les visualiser et de déterminer quelle est le comportement de ces changements de niveau tout au long d'une période donnée. Cela peut être une semaine, un mois, voire plusieurs années. En résumé, on a les données météorologiques qui nous indiquent dans un premier temps la quantité d’eau que le lac aurait dû perdre pendant l’année mais aussi les quantités reçus en périodes de saison des pluies. Mais si nous présentons des données avec des niveaux plus bas, cela nous alerte sur le fait que quelque chose d'anormal se passe. Qu’un évènement extérieur à ces conditions climatiques est en train de se produire et qu’il affecte le niveau de notre lac. VOIX OFF Cette technologie, encore en développement, permettra aux scientifiques de surveiller quasi en temps réel le niveau d’eau du lac. Jusqu'à maintenant ces relevés se faisaient grâce à la cartographie et aux prises de vues aériennes. HOMME 3 ALBERTO Cette carte est générée à partir d'images prises depuis 2011. Ça fait plus de dix ans. Et on peut clairement voire comment la zone sud du lac de Pátzcuaro n'est plus une zone inondée. Ce que cela nous dit, c'est qu'il a changé et que toute la zone sud du lac est recouverte de végétation submergée et émergente. Cette végétation retient les sédiments et fait ainsi diminuer la profondeur du lac. Elle diminue avec le temps. Ces photos nous indiquent que le lac est très dynamique. C'est changeant. Ça monte et ça descend. Ce changement de niveau est en grande partie dû aux effets du climat. Les registres de niveaux dont nous disposons indiquent qu'aux alentours de 1950, le niveau du lac a tellement baissé qu'on pouvait marcher de Janitzio à Jarácuaro. Nous avons examiné les registres des niveaux du lac enregistrés au cours des 60 dernières années ainsi que les registres climatiques. Et il existe des fluctuations très importantes sur de très courtes périodes. En 2018, nous avons connu un changement très rapide en l'espace d'une semaine. Il y a eu environ 30 à 40 centimètres d'augmentation après une tempête hivernale très rigoureuse. Nous savons donc que cela varie en fonction des conditions climatiques à long terme, mais aussi qu'il s'agit d'un processus cyclique. Nous disposons de cartes historiques du XVle siècle, et ces cartes nous indiquent que la quantité d'eau était beaucoup plus grande. Cependant, il est possible que dans un avenir proche, le niveau du lac remonte et qu’il se redéploye. Mais c'est peu probable, au vu des changements de conditions climatiques actuelles. Avec des températures plus élevées il y a plus de chaleur, il y a donc plus d'évaporation dans le lac et donc son niveau baisse. VOIX OFF Depuis le début des relevés officiels, le lac a perdu plus de la moitié de son volume d'eau. En 2024, sa superficie a diminué de 42 %, atteignant son niveau le plus bas jamais enregistré. HOMME 3 ALBERTO ll y a les œillets ici pour amarrer les bateaux. Cela signifie qu'à un moment donné, l'eau arrivait très près d'ici. D'après les informations que nous donne Vicente, qui est originaire du lieu, l'eau arrivait jusqu'ici il y a dix ans, en 2015, et tout ce qu’il y a en dessous, c'est environ un mètre quarante-cinq. C'est ce qui a été perdu en niveau au cours des dix dernières années. HOMME 1 VINCENTE Eh bien, voyez-vous, il est très important de comprendre que la nature suit des cycles, cependant quand l’humain intervient dans ces cycles, alors il empêche leur bon déroulement. Ce que l'on observe ici, au bord du lac, c'est que l'arrivée des humains a fait que le service qu'il offre, à savoir la pêche et le reste, et bien ce n'est plus viable, nous sommes trop nombreux et nous intervenons considérablement sur le lac. VOIX OFF Les communautés Purépechas vénéraient ce lac comme un lieu sacré. Les saisons de pêche structuraient le calendrier communautaire. Aujourd’hui le sacré n’est plus immunisé contre l’appétit de nos sociétés capitalistes. Le lac est devenu un corps malade dont les scientifiques prennent le pouls pour tenter de le sauver. VOIX OFF Plusieurs fois par an les chercheurs de l’Université de Michoacan se joignent aux pêcheurs pour analyser leur prise. FEMME 3 FLOR ARCEGA CABRERA Je ne pourrai pas dire que le lac est en bonne santé. Certaines espèces natives de poissons sont encore présentes ce qui nous indique qu'elles peuvent encore survivre. Malheureusement, il existe de nombreuses modifications humaines, des pollutions humaines qui détériorent le lac. En réalité la déforestation autour du bassin est vraiment très importante avec une modification du type de sol. Notamment sur les collines où on cultive beaucoup d'avocats et d'autres types de plantes. Ces cultures ont un impact direct sur notre lac. Il y a toutes ces modifications qui touchent l'ensemble du bassin, pas seulement les rives, mais tout le bassin. Elles ont un impact réel sur le lac sans oublier les rejets d'eaux usées, les déchets, tous ces types de pollution, ce sont les problématiques principales. VOIX OFF Depuis une dizaine d’année les récoltes du terroir s’est transformé en production intensive d’avocats et de baies … avec son corollaire de déforestation et de pompages illégaux. Encore une fois le lac nourrit les hommes, jusqu'à l’épuisement … Au chevet de ce grand corps malade, des riverains se battent pour empêcher sa mort comme Ramses. HOMME 3 RAMSES Nous sommes dans la deuxième station d‘épuration de San Jerónimo Cuaró. C'est ici que nous recevons toutes les eaux usées provenant de la communauté. Ici nous procédons à la séparation des liquides et des boues. Les boues sont évacuées dans cette direction et les liquides continuent tout droit par ici. Les liquides arrivent ici, puis ils continuent leur chemin pour entrer dans le marais, où commence ici le travail de cette plantation de Carrizo qui filtre l'eau qui s'écoule dans la zone humide. L’eau va retourner au lac filtrée. Le processus est de 7 à 10 jours entre le moment où l’eau entre dans la stations et quand elle en ressort. Pour créer ce type de zones humides, Il faut compter environ 3 à 5 mois pour la préparation de tout le terrain et des matériaux. Le coût initial est 365 0 euros. La communauté a contribué à ce projet. Elle a trouvé les financements pour acheter les matériaux.. Je ne sais pas pourquoi les autres communautés ont abandonné ce type de projets, Ils n'ont pas voulu ou n'ont pas vu l'intérêt que cela représente pour notre lac. Ils veulent maintenant les reprendre. Une des communautés qui possède une station d’épuration est venue nous rendre visite dans l’idée de la réactiver et ils ont compris à quel point il était important qu’elle soit active. VOIX OFF De la qualité de l’eau dépend la survie d’un autre marqueur de santé du lac. HOMME 2 ISRAEL On va les garder ici pendant environ un mois. Le voilà ! VOIX OFF L’Achoqué, petite salamandre aquatique aux branchies suspendues, moins connu que son cousin l’Axoloté, est l’animal emblématique du lac de Patzcuaro. Je lui donne à manger deux ou trois fois par semaine. Pas tous les jours comme quand nous étions en captivité. HOMME 3 RAMSES Oui, pour qu'il s'habitue. HOMME 2 ISRAEL Pour qu'il s'adapte et s'habitue à l'eau, C'est l'eau du lac de Pátzcuaro. VOIX OFF Israel fait partie de l’association de bénévoles montée par les vieux pêcheurs de la ville de San Jerónimo Perupecha, ceux qui dans leur enfance ont connu le lac remplis d’Achoqués. HOMME 2 ISRAEL Ensuite, nous allons faire des relevés chaque fin de semaine pour relever sa taille et son poids et voir le développement que l’on observe sur cette espèce. VOIX OFF L’Achoqué est sur la liste rouge des espèces en voie de disparition Historiquement, le peuple Purépechas les consommait pour sa chair tendre et ses vertus médicinales. Capable de régénérer ses membres, ses yeux et même des parties de son cerveau. Ces super-pouvoirs ne les ont cependant pas protégés contre la prédation des hommes et leur capacité à détruire leur habitat. Aujourd’hui, l’achoqué est en danger critique d’extinction. HOMME 2 ISRAEL L’année dernière, nous avons libéré 5 achoques. Les 25 derniers que nous avons libérés sont équipés d'une puce électronique pour qu'on puisse voir plus facilement s'ils sont là ou pas. Notre prochain objectif est de libérer 6 ou 7 achoques. HOMME 2 ISRAEL Pour moi c'est un honneur de contribuer un peu à la protection de notre lac de Pátzcuaro. Cette espèce avait déjà quasiment disparu, à présent nous ne les capturons plus. Aujourd’hui, avec ce projet, nous espérons que dans deux ou trois ans, les générations futures pourront de nouveau trouver cette espèce dans le lac.